La maîtrise de soi

Photo prise à Pollone, le 9 juin 2016

Cette photo, pour le moins surprenante, je l’ai prise à Pollone, le 9 juin 2016. Elle nous donne l’impression que Pier Giorgio escalade le mont Mucrone en ce moment même! Ce cliché peut nous rappeler la réelle proximité spirituelle des bienheureux et des saints avec qui nous tissons des liens d’amitié.

Sur cette affiche, Pier Giorgio, agrippé au rocher, lors de sa dernière escalade, le 7 juin 1925, nous donne un exemple éloquent de la maîtrise de soi dont il faisait preuve. Son désir de franchir des sommets, toujours plus hauts, verso l’alto, avec une si grande force physique, exigeait de la détermination, de l’entrainement et par conséquent, des renoncements. Son amour de la montagne reflétait sa volonté de se surpasser, de se maîtriser, écrivait sa soeur Luciana. (1)

Le saint pape Jean-Paul II a nommé Pier Giorgio patron des sportifs. Quelle bonne idée! Avec tous les efforts que peut nécessiter la pratique de certains sports, le Bienheureux est une réelle inspiration pour les athlètes!

Comme autre exemple de maîtrise de soi, avant de se rendre en montagnes, Pier Giorgio tenait à assister à la messe. Demeurant à jeun, comme l’indiquait la règle, il communiait avant d’entreprendre ses excursions. Il lui est même arrivé de faire son escalade à jeun afin de pouvoir communier plus tard dans la journée. (2)

Aussi, lorsqu’il séjournait à Pollone, tôt le matin, il franchissait, à pieds, les 6 km de montée qui séparent la maison Amétis du sanctuaire Oropa, récitant son Rosaire en chemin, pour assister à la messe et communier. (3) Ce jeûne, auquel il était fidèle, exigeait une bonne maîtrise de lui puisqu’il aimait bien manger! (4)

Même si la montagne représentait un immense attrait pour Pier Giorgio, en certaines occasions, il était capable de renoncer aux joies qu’elle lui procurait afin notamment, de poursuivre ses études ou de respecter ses engagements tel, apporter la communion aux pauvres (5)

Pier Giorgio nous donne l’exemple d’un être unifié ayant une vie énergique. Nous ne devons pas vivoter mais vivre, disait-il. (6) Cette maîtrise se manifestait au quotidien dans ses relations humaines, par son attitude cordiale, son humilité et sa discrétion.

Quel était son secret pour en arriver à cet équilibre entre ses engagements, la pratique de ses sports, les activités amicales, ses études et sa fidélité à sa foi? C’est que Dieu était son pôle d’attraction. Par toi-même, tu ne feras rien mais si tu prends Dieu pour centre de toutes tes actions, alors tu arriveras au but, écrivait-il à un ami, le 15 janvier 1925. (7)

La maîtrise de soi dans notre agir et nos paroles, quel beau fruit de l’Esprit à cultiver. Avec ce magnifique chant de la communauté de l’Emmanuel, demandons à l’Esprit-Saint de nous inspirer à porter du fruit en abondance dans un monde qui en a tant besoin: Esprit de lumière, Esprit créateur

  1. FRASSATI, Luciana, Les jours de sa vie, p.29
  2. CLAUDE, Robert, Pier Giorgio Frassati, jeune témoin pour aujourd’hui, p. 97
  3. MARMOITON, Victor, Pier Giorgio Frassati, p. 65
  4. FRASSATI, Luciana, Les jours de sa vie, p. 14
  5. Ibid, p.174
  6. Ibid, p. 216
  7. FRASSATI, Pier Giorgio, Lettres, 1951, p. 200

Heureux les doux

Regardez bien ces photos.  Nous y voyons l’homme des huit béatitudes. C’est ainsi que, le 27 mars 1979, le futur pape saint Jean-Paul II, à ce moment cardinal Karol Wojtyla de Cracovie, a présenté Pier Giorgio alors qu’il s’adressait à des universitaires. (1)

Heureux les doux, ils recevront la terre en héritage. (Mt 5,5) Voici l’une des béatitudes que la vie de Pier Giorgio révèle. Les personnes qui ont eu la joie de le côtoyer ont été fascinées par la douceur de cet homme. Tous étaient charmants mais l’un d’eux me frappa par son charme particulier. Une force d’attraction se dégageait de toute sa personne, imprégnée de douceur. (2)

La douceur de Pier Giorgio, fruit de l’Esprit-Saint, se remarque d’abord dans son regard. Puis, elle s’exprime dans sa présence attentive à l’égard des siens. Il sait les écouter, les consoler et les encourager. Son attention pleine de bonté est inestimable pour ses proches. (3

Prendre soin des autres exige une grande douceur afin de respecter le rythme plus lent de celui qui est âgé ou malade. Auprès des personnes à qui il rend service, à l’hospice du Cottolengo, et lorsqu’il visite ses conquêtes, les pauvres, (4) Pier Giorgio agit avec bonté, délicatesse et grâce. Ses amis en témoignent. (5)

De plus, sa délicatesse l’amenait à ne pas répliquer lorsqu’on lui faisait des reproches injustifiés. Et ce fut plusieurs fois le cas depuis son enfance jusqu’aux derniers jours de sa vie. (6) Cependant, sa douceur n’était pas synonyme de faiblesse. Lorsque nécessaire, Pier Giorgio pouvait agir avec conviction afin de défendre sa famille, sa foi, son drapeau.

Un autre domaine où sa douceur se révèle, c’est dans son attrait pour la nature, le jardinage et les fleurs. Enfant, sa délicatesse d’âme le faisait s’émerveiller devant les serres ou devant les fleurs des champs qu’il cueillait pour les offrir à son arrière grand mère ou pour décorer son église. (7)  Et lorsqu’un pauvre décédait, des fleurs, il en apportait pour décorer leur cercueil. (8)

Enfin, sa prière était, elle aussi, empreinte de douceur. Les gens l’ont vu profondément recueilli en plusieurs circonstances, avec son chapelet à la main ou avec le regard comme transfiguré lors de son action de grâce après la communion.

Pour ajouter un supplément de douceur à nos paroles et à nos gestes, n’hésitons pas à demander l’intercession de l’Homme des huit béatitudes. Et reprenons ce chant de Robert Lebel : Mille fois bienheureux.

  1. FRASSATI, Luciana, Les jours de sa vie, p. 219
  2. MARMOITON, Victor, Pier Giorgio Frassati, p.5
  3. DESJOBERT, Charles, Prier 15 jours avec Pier Giorgio Frassati, p. 45
  4. FRASSATI, Luciana, Les jours de sa vie, p. 124
  5. Ibid, p. 143
  6. Ibid, pp 203- 204
  7. Ibid, p. 20
  8. Ibid, p. 103
  9. Ibid, p. 51

Septième fruit de l’Esprit-Saint: La fidélité

Dans les récits qui suivent la Pentecôte, nous assistons au début de la mission des apôtres. Ils annoncent la Bonne Nouvelle de la résurrection du Christ et de nombreux disciples se font baptiser. Ceux-ci étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. Ac 2,42

Lorsque je médite ce texte, en pensant à la fidélité de Pier Giorgio qui se manifestait de différentes manières, je réalise que celles-ci correspondent bien aux quatre assiduités des disciples.

L’assiduité à l’enseignement des Apôtres

Pier Giorgio nourrissait fidèlement sa vie spirituelle notamment dans la lecture des épîtres de St-Paul dont il s’inspirait. (1) Aussi, il approfondissait la vie de sainte Catherine de Sienne, les écrits de saint Thomas d’Aquin, de saint Augustin et de saint Dominique. (2) Ces lectures gardaient vive la flamme de son amour pour Dieu même s’il fréquentait des groupes plutôt imperméables à la foi, notamment le milieu universitaire et le monde politique, avec la montée du fascisme.

L’assiduité à la communion fraternelle

Pier Giorgio cultivait au plus haut point l’amitié, l’amour fraternel; de fait, on ne peut imaginer homme doté de sentiments plus nobles, ni sachant montrer plus de fidélité, écrivait sa sœur Luciana. (3) Et cette amitié, que ce soit à l’université, avec ses compagnons d’escalade ou avec les Types louches, elle avait vraiment une saveur chrétienne. Ceux qui l’ont côtoyé diront: Pier Giorgio plaçait toujours le Seigneur entre lui et nous, comme un trait d’union et le Seigneur, source de toute affection chrétienne, sanctifiait notre amitié et notre joie. (4)

Pier Giorgio fidèle en amitié

Il avait la même fidélité à d’autres amis, les pauvres et les malades qu’il visitait dans le quartier du Cottolengo. Il passait tout son temps libre, le plus discrètement possible, à donner de son temps, de son argent, de sa joie, de son amitié fidèle, de son cœur. (5)

Hospice du Cottolengo

L’assiduité à la fraction du pain

À l’âge de 10 ans, sa première communion marque un tournant dans la vie de Pier Giorgio, quelque chose d’indicible s’est produit en son âme. (6) Vers l’âge de 12 ans, alors qu’il poursuit sa scolarité à l’Institut social dirigé par les jésuites, il obtient, non sans difficultés, la permission de communier à chaque jour, ce qui devient sa plus haute raison de vivre. (7) Il garde cette assiduité même lors de ses vacances en campagne, à Pollone. Afin d’être à l’heure pour participer à la messe, il se faisait astucieusement réveiller par le jardinier! (8) Et il restait fidèle à la communion régulière, même quand cela supposait de grands efforts, tel le maintient du jeûne lors d’une excursion en montagne. (9)

L’assiduité aux prières

L’âme de Pier Giorgio était affamée de divin… il élevait son cœur et son esprit vers Dieu. (10) Déjà à 13 ans, il s’est donné un programme de vie spirituelle auquel il est demeuré fidèle. (11) Il faut la prière continue afin d’obtenir de Dieu cette grâce sans laquelle nos forces sont insuffisantes, disait Pier Giorgio (12) Que ce soit lors de ses excursions à la montagne, lors un trajet en train, durant son parcours vers le sanctuaire d’Oropa ou lors de ses nuits d’adoration, on le voyait souvent recueilli avec son chapelet à la main. La prière est devenue la respiration de son âme. (13)

Sanctuaire d’Oropa

Outre la méditation du rosaire, sa prière prenait différentes formes: l’eucharistie, l’oraison, la contemplation, l’adoration du Saint-Sacrement, la prière spontanée, les ressourcements spirituels, les pèlerinages et la prière pour les défunts.

Afin de permettre à la fidélité, fruit de l’Esprit-Saint, de croître en nous, inspirons-nous de l’assiduité de Pier Giorgio. Chaque jour, prenons un temps d’intimité avec Dieu en choisissant la forme de prière qui nous convient et nourrissons nos amitiés spirituelles porteuses de joie!

  1. FRASSATI, Luciana, Les jours de sa vie, p. 183
  2. DESJOBERT, Charles, Prier 15 jours avec Pier Giorgio Frassati, pp. 13 et 66
  3. FRASSATI, Luciana, Les jours de sa vie, p. 147
  4. CLAUDE, Robert, Pier Giorgio Frassati, jeune témoin pour aujourd’hui, p. 40
  5. BABEAU, M-É, Bienheureux Pier Giorgio Frassati, vers le haut, p. 13
  6. FRASSATI, Luciana, Les jours de sa vie, p. 36
  7. Ibid, p. 7
  8. Ibid, pp 64-65
  9. CLAUDE, Robert, Pier Giorgio Frassati, vers le haut, p. 97
  10. MARMOITON, Victor, Pier Giorgio Frassati, p. 48
  11. anne sophie rondeau huit béatitudes p.45
  12. FRASSATI, Luciana, Les jours de sa vie, p. 217
  13. Ibid, p. 49

Bienveillant Pier Giorgio

Comme il fait bon côtoyer une personne remplie de bienveillance qui veille à notre bien-être en démontrant de la compassion à notre égard. À travers son regard, elle nous donne la joie de découvrir notre valeur et ce, en toutes circonstances.

Dans la vie de Pier Giorgio, les exemples de bienveillance sont multiples. Le père Victor Marmoiton écrivait: Il éprouvait à faire le bien tant de joie, qu’elle brillait dans ses yeux au retour de ses pérégrinations chez les pauvres. (1) Chez les personnes démunies, Pier Giorgio arrivait les bras chargés de provisions, il passait d’une mansarde à l’autre jusque dans les coins les plus reculés de la ville. Et parce qu’il était bienveillant, se privant d’aller à la campagne durant l’été, il choisissait parfois de rester à Turin sinon, les pauvres auraient été délaissés. (2)

Le regard d’un homme bienveillant

Cette bienveillance se manifestait aussi durant ses randonnées en montagnes. Un jour, pour alléger la montée d’un enfant qui avançait avec peine, Pier Giorgio prit sur lui d’abord, son sac, puis ses skis et finit par porter l’enfant sur ses épaules. (3)

Et si durant la randonnée, il observait qu’une personne semblait fatiguée, Pier Giorgio, rempli de prévenance, se plaignait lui-même de certains malaises afin de permettre à ses compagnons de prendre une pause. (4)

Pier Giorgio fraternisait avec tous, sans distinction de classe sociale. Il donnait la paix de son regard bienveillant et dans la simplicité de ses gestes. (5) Son extrême bienveillance, (6) sera constamment présente et ce, même la veille de sa mort. Dans un ultime élan de charité; avec grande peine, de sa main affaiblie, il écrit un billet pour faire livrer un médicament à un pauvre qui en avait besoin. (7)

Les derniers mots écrits par Pier Giorgio
la veille de sa mort. (8)

Ses gestes étaient le prolongement de sa vie intérieure nourrie à même de la Parole de Dieu. À lui seul, Pier Giorgio résumait l’invitation à la bienveillance en Matthieu 25,35-36: J’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli, j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !

Puissions-nous, comme Pier Giorgio, trouver le centre de nos actions au-dedans de nous et ressentir une véritable joie dans des gestes de bienveillance de plus en plus inventifs! (9)

  1. MARMOITON, Victor, Pier Giorgio Frassati, p.14
  2. Ibid, p.p 201-202
  3. Ibid, p. 177
  4. Ibid, p. 178
  5. DESJOBERT, Charles, Prier 15 jours avec Pier Giorgio Frassati, p. 80
  6. MARMOITON, Victor, Pier Giorgio Frassati, (p. 14)
  7. FRASSATI, Luciana, Mon frère Pier Giorgio, Les dernières Heures, p.133
  8. MARMOITON, Victor, Pier Giorgio Frassati, p.211
  9. Ibid, p.6

Pier Giorgio, c’est la bonté en personne!

Le 29 juin, alors que nous célébrons deux grands fondateurs de l’Église, saint Pierre (fête patronale de Pier Giorgio) et saint Paul, voilà une belle occasion de méditer sur un texte de saint Paul aux Colossiens 3,12 à propos des fruits de l’Esprit-Saint: Puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes sanctifiés, aimés par lui, revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience.

Toutes ces attitudes, Pier Giorgio les cultivait activement. Or, voici quelques exemples qui illustrent la bonté qui se manifestait de multiples façons à travers l’altruisme et la charité de Pier Giorgio.

L’altruisme que Pier Giorgio vivait joyeusement avec ses amis

Luciana, la sœur de Pier Giorgio, écrivait: Il était la patience et la bonté personnifiées. (1) Dès l’enfance, Pier Giorgio a manifesté sa charité dans l’émouvant don spontané de ses souliers à un enfant aux pieds nus. De même, son comportement était rempli d’altruisme lorsqu’il s’est fait proche d’un compagnon d’école malade et isolé du groupe.

La bonté suscite aussi l’unité. Clémentina, membre des Types louches reconnaissait en Pier Giorgio celui qui contribuait à maintenir de bons liens dans son cercle d’amis. Elle disait : il était la bonté qui nous tenait unis. (2)

L’auteur dominicain Charles Desjobert souligne l’attention pleine de bonté qui était inestimable pour les proches de Pier Giorgio. (3) Non seulement pour sa famille et pour ses amis mais aussi pour les domestiques et pour le personnel des écoles qu’il a fréquentées. Souvenons-nous d’un jour où Pier Giorgio a perçu la tristesse d’un surveillant à l’école dont le fils venait de mourir. L’année suivante, rempli de bonté, Pier Giorgio a eu cette délicate attention à l’égard du surveillant : C’est l’anniversaire de la mort de votre fils, je prierai pour lui à la communion. » (4)

À l’insu de ses parents, dans les quartiers pauvres de Turin, il rendait visite aux personnes esseulées. Il œuvrait avec la Société St-Vincent de Paul et il se montrait particulièrement généreux au sein de cette association qui aide les personnes démunies. Quelle bonté, quelle délicatesse, quelle grâce il mettait dans l’aide qu’il apportait aux pauvres, écrivait Tina, une amie de Pier Giorgio. (5)

La bonté de Pier Giorgio a bien sûr été soulignée par le saint pape Jean-Paul II, lors du jubilé des sportifs, à Rome, le 12 avril 1984. Le pape s’exprimait ainsi: Vous avez des modèles qui peuvent vous inspirer… ouvert aux valeurs du sport… courageux témoin de générosité dans la foi chrétienne et dans la pratique de la charité… bien vivant parmi nous avec son sourire et sa bonté. (6)

Inspirée par l’exemple de Pier Giorgio, j’ai choisi de faire don de plusieurs vêtements afin que ceux-ci servent à des personnes moins bien nanties. C’est à l’organisme auprès duquel Pier Giorgio s’engageait, la Société St-Vincent de Paul, que j’ai fait ce don. Cette oeuvre, qui compte plus de 150 ans d’existence, est présente dans de nombreuses villes et, à certains endroits, il y a des conteneurs qui favorisent la collecte.

Conteneur pour la collecte de vêtements

À la suite de Pier Giorgio, n’hésitons pas à multiplier les gestes de bonté à ceux et celles qui croisent notre route. C’est une façon de porter des fruits du Saint-Esprit!

  1. FRASSATI, Luciana, Les jours de sa vie, p.63
  2. Ibid, p. 144
  3. DESJOBERT, Charles, Prier 15 jours avec Pier Giorgio Frassati, p. 45
  4. FRASSATI, Luciana, Les jours de sa vie, p. 70
  5. Ibid, p. 143
  6. Ibid, pp. 220-221

Le fruit spirituel de la patience dans la vie de Pier Giorgio

Pier Giorgio au cœur des montagnes

Si l’amour, la joie et la paix sont des vertus identifiées fréquemment dans l’attitude de Pier Giorgio, sa patience, elle, est plus rarement évoquée. Pourtant, celle-ci apparaît en filigrane tout au long de son existence. Voici quelques situations qui mettent en lumière la patience de Pier Giorgio.

D’abord, à huit ans, en compagnie de sa mère, il a fait l’expérience d’une longue randonnée en montagnes. Selon les itinéraires alpins, l’ascension nécessitait au moins dix heures de marche. Et jamais Pier Giorgio ne se plaignait de la faim, de la soif ou de la fatigue. (1)

Sa patience, Pier Giorgio la manifestait aussi dans l’aide apportée à sa mère artiste-peintre. Alors qu’elle peignait un tableau dont le roi Victor Emmanuel III allait se porter acquéreur, c’est Pier Giorgio qui broyait les couleurs et nettoyait les pinceaux avec une incroyable patience. Il avait cette même attitude en posant pour sa mère et son maître et cela parfois, après avoir porté la lourde boite de peinture et le chevalet. (2)

Comme la plupart des enfants, Pier Giorgio a vécu les désagréments de la varicelle… Durant cette maladie, il ne fut pas un enfant difficile; il était au contraire, la patience et la bonté personnifiées. Il supporta notamment une grande soif toute une nuit car il ne voulait pas réveiller sa mère. (3)

En 1920, alors qu’il avait 19 ans, au moment de la bénédiction de la croix au sommet du mont Mucrone, l’abbé fit un faux pas et il est tombé dans une crevasse. Le robuste Pier Giorgio se précipita pour le retirer, il le débarrassa de ses bagages qu’il prit sur lui, et on peut dire qu’il le hissa lui-même jusqu’au sommet, sans se départir un instant de son calme et de son inaltérable patience. (4)

L’alpinisme, voilà un sport qui, en soi, exige une grande patience. Il est nécessaire de prendre le temps de bien s’encorder et d’analyser le trajet à parcourir pour arriver au but. S’impatienter pourrait avoir de graves conséquences et Pier Giorgio le savait.

Pier Giorgio, encordé, patient à trouver la bonne voie d’accès

Par ailleurs, dans certaines occasions reliées à ses études, c’est Pier Giorgio qui, dans ses lettres, précise la nécessité de cultiver ce fruit spirituel: Patience, une autre fois j’étudierai davantage et je mériterai ainsi de bien meilleures notes. (5) Et encore: Patience, il n’y a d’ailleurs pas moyen de faire autrement et l’on ne peut intervertir l’ordre des examens. (6)

Cette vertu de la patience, il l’a vécue intensément durant les six derniers jours de sa vie. Ses forces s’amenuisaient et, peu à peu, chacun de ses membres paralysaient. Sa sœur Luciana raconte notamment que pour se rendre dans une autre chambre de la maison, afin d’aller prier auprès de sa grand-mère décédée, Pier Giorgio est tombé trois fois… (7) Il se déplaçait lentement, difficilement, avec douleur et ce, sans faire mention à ses parents des maux qui l’affligeaient.

Après le décès de Pier Giorgio, sa mère témoignait ainsi: Il s’est toujours montré doux et patient face aux contrariétés qu’il endurait en famille et, selon ses amis, il était de même à l’école et au cercle universitaire. (8)

Après avoir médité sur ce fruit de l’Esprit-Saint dans la vie de Pier Giorgio, lorsque les situations du quotidien suscitent l’impatience, n’hésitons pas à demander l’aide de Pier Giorgio afin de rester plus sereins devant les impondérables de la vie.

  1. FRASSATI, Luciana, Les jours de sa vie, p. 29-30
  2. Ibid, p. 40
  3. Ibid, p. 62
  4. MARMOITON, Victor, Pier Giorgio Frassati, p. 178
  5. FRASSATI, Pier Giorgio, Lettres, le 26 mars 1923
  6. Ibid, le 15 avril 1925
  7. FRASSATI, Luciana, Les jours de sa vie, p. 203
  8. Ibid, p. 97

Pier Giorgio, un homme de paix!

Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Mt 5,9 L’homme des huit béatitudes était réellement un artisan de paix dans sa vie intérieure, dans ses relations aux autres et dans son engagement social.

D’abord au niveau spirituel, Pier Giorgio avait une âme pacifiée. Selon ses propos mots, sa source de paix, c’était l’eucharistie: Mangez le pain des anges et vous trouverez la force pour mener les luttes intérieures, les combats contre les passions et les épreuves… quand vous serez entièrement consumé par ce feu eucharistique, alors vous pourrez en pleine conscience remercier Dieu et vous goûterez une paix que les gens n’ont jamais connue. (1)

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est SAM_14451.jpg.
En montagnes, Pier Giorgio, l’homme pacifié

Il trouvait aussi la paix lors de ses excursions à la campagne ou en montagnes. Nous avons, loin des bruits du monde, passé une semaine dans la paix spirituelle (2). Demain je quitterai cette campagne riante pour m’en  retourner à la ville, mais je redescendrai de cette paix champêtre avec un programme que j’espère mener à terme. (3)

Et il tenait à garder sa conscience en paix: Quand on va en montagnes, il faut auparavant se mettre en paix avec sa conscience parce qu’on ne sait jamais si on en reviendra. (4)

Pour ceux et celles qui le côtoyaient, Pier Giorgio était un homme pacifiant. L’auteur Charles Desjobert le présente comme celui qui fraternise avec tous, sans distinction de classe sociale. Il donne la paix de son regard bienveillant et la simplicité de ses gestes. (5)

À la suite de Jésus, cette paix, Pier Giorgio la souhaitait aux autres, notamment dans les salutations finales de ses lettres avec un Pax Tecum, c’est à dire, la paix soit avec vous ou avec de belles formulations: Pour Noël, recevrez la paix que les Anges ont annoncée en cette Nuit aux hommes de bonne volonté. (6)

La paix était pour lui une véritable richesse: Si tu possèdes chaque jour la paix, tu seras vraiment riche. (7) La vraie paix est le don le meilleur que l’on puisse posséder sur cette terre. (8) Si l’on possède la paix du cœur, on a tout le reste. (9)

Pier Giorgio, ayant vécu son adolescence durant la guerre de 1914 à 1918, souhaitait tellement le retour de la paix qu’un jour, il s’exprima ainsi à Natalina, la femme de chambre: Tu ne donnerais pas ta vie pour faire cesser la guerre? Eh bien moi, je serais prêt à donner ma vie et aujourd’hui. (10)

Et le 4 novembre 1918, moment tant souhaité où la guerre pris fin, Pier Giorgio est monté à pas de course au sommet des campaniles de Pollone pour annoncer la nouvelle. (11)

Cette paix ne demeurait pas un simple désir qu’il portait en lui, Pier Giorgio la mettait en oeuvre. Il voulait répondre au mal par le bien. (12) Seul l’amour permet de construire la paix véritable comme l’écrit Charles Desjobert. (13) Pour participer à la construction de la paix, Pier Giorgio s’engageait notamment dans une organisation portant le nom de Pax Romana. Il a notamment participé au congrès international de cette association, à Ravennes, en 1921 et ce, avec une forte conviction: Quand tous les peuples élèveront leur esprit, la Pax Romana apportera paix et justice. (14) Pour souligner son implication active, une représentante autrichienne de ce groupe lui a écrit: Vous n’avez pas seulement à la bouche la Pax Romana, vous la portez dans votre cœur. (15)

La paix a donc été un fruit de l’Esprit-Saint qui a accompagné Pier Giorgio durant toute sa vie, prélude à une paix bien plus grande qu’il l’anticipait, celle du ciel: Nous jouirons d’une paix impossible à imaginer. (16) C’est au cœur de celle-ci qu’il vit maintenant et qu’il peut intercéder pour notre sérénité.

Lorsque des inquiétudes font surface, il fait bon de se rappeler la vie de ceux qui ont trouvé dans leur foi et leur prière cette paix recherchée. Celle que Jésus a promise au moment de ses adieux et qu’il a lui-même trouvée pour traverser les étapes de sa passion.

Aujourd’hui, prenons le temps de nous déposer dans le cœur de Dieu qui est tout amour, toute paix et toute joie en allant à la source: soit à l’eucharistie ou simplement en marchant en nature tout en méditant ce chant de Robert Lebel: Je vous laisse ma paix.

Note: La Pax Romana est une association laïque internationale réunissant des étudiants catholiques. Cette association a été fondée à l’arrivée du fascisme afin de promouvoir la paix en Europe. 

  1. FRASSATI, Luciana, Les jours de sa vie, p.132
  2. FRASSATI, Pier Giorgio, Lettres, le 7 mars 1923
  3. Ibid, Le 15 avril 1925
  4. FRASSATI, Luciana, Les jours de sa vie, p. 135
  5. DESJOBERT, Charles, Prier 15 jours avec Pier Giorgio Frassati, p. 80
  6. FRASSATI, Pier Giorgio, Lettres, 18 décembre 1923
  7. Ibid, 10 avril 1925
  8. Ibid, 4 janv 1925
  9. Ibid, 10 avril 1925
  10. FRASSATI, Luciana, Les jours de sa vie, p. 61
  11. Ibid, p. 67
  12. DESJOBERT, Charles, Prier 15 jours avec Pier Giorgio Frassati, p.11
  13. Ibid, p. 78
  14. FRASSATI, Luciana, Les jours de sa vie, p 105
  15. Ibid, p. 104
  16. Ibid, p. 131

La joie de Pier Giorgio, fruit de l’Esprit puisé au cœur de sa foi!

Le sourire de Pier Giorgio était proverbial et son rire limpide selon les mots de Luciana dans le récit de la vie de son frère. (1) Après son décès, les gens diront de lui: Il est mort celui qui chantait toujours. (2)

Le sourire proverbial de Pier Giorgio

Une variété d’activités rendaient Pier Giorgio joyeux: Escalader les montagnes, se balader à vélo, déclamer la poésie de Dante, lire les écrits de St-Augustin (3) et de St-Thomas d’Aquin, (4) etc.

Mais la joie qui l’animait, plus profonde que le plaisir d’une journée entre amis et que l’humour dont il était capable en fréquentant les Types louches, d’où cette joie lui provenait-elle? Dans ses lettres, Pier Giorgio répond lui-même à cette question :

La seule joie véritable est celle que nous donne la foi et les compagnons que nous aurons aimé surtout à travers ce lien puissant. (Le 28 décembre 1924) La foi, c’est elle qui est l’unique joie dont on puisse être satisfait en ce monde.  (Le 6 mars 1925) Pier Giorgio parle aussi de cette joie qui n’a point de fin, puisqu’elle n’est pas humaine et que c’est une vrai joie! (Le 29 janvier 1925)

C’est donc au cœur de sa foi chrétienne que Pier Giorgio puisait cette attitude joyeuse et celle-ci débordait sur les autres. Le Père Goria, préfet des élèves, écrivait: On éprouve une joie authentique à prier à ses côtés. (5) Quant à son amie Clementina, elle mentionnait l’éclat de son sourire, de sa bonté lumineuse, plus chaude que le soleil. (6)

La joie contagieuse de Pier Giorgio

Le saint pape Jean Paul II a lui aussi souligné ce trait de Pier Giorgio d’abord en s’adressant aux jeunes de Turin le 13 avril 1980: Le christianisme est joie. Pier Giorgio était d’une joie fascinante! (7) Puis, durant son homélie de béatification, il a présenté Pier Giorgio comme un apôtre du Christ, joyeux et enthousiaste. (8)

Au cœur des difficultés de sa fin de vie, notamment: le terme de ses études, le triste départ de sa sœur Luciana vers la Pologne et au moment où règnent des tensions entre ses deux parents, Pier Giorgio avait cette conviction: Aussi longtemps que la foi m’en donnera la force: toujours gai!  (Le 14 février 1925).

Pour nous aider à traverser nos propres épreuves tout en conservant une joie profonde, nous pouvons nous inspirer de Pier Giorgio et avec lui qui laissait tomber sa joie sur les chemins, chanter: Toujours plus haut!

  1. FRASSATI, Luciana, Les jours de sa vie, p. 154
  2. Ibid, p. 66
  3. FRASSATI, Pier Giorgio, Lettres, 1951, p. 198
  4. Ibid, p. 202
  5. FRASSATI, Luciana, Les jours de sa vie, p. 69
  6. Ibid, p. 149
  7. Ibid, p. 220
  8. Ibid, p. 221

L’Esprit-Saint à l’oeuvre dans la vie de Pier Giorgio

Quelques jours après la fête de la Pentecôte et en préparation à la fête de Pier Giorgio qui aura lieu le 4 juillet, voici neuf jours pour méditer sur les fruits de l’Esprit-Saint bien à l’oeuvre dans la vie de Pier Giorgio!

L’épître aux Galates 5,22 énumère différentes attitudes qui se reconnaissent chez ceux qui collaborent avec l’Esprit-Saint agissant en eux. Ces bons fruits : l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la fidélité, la douceur et la maîtrise de soi se retrouvent aisément dans la vie de Pier Giorgio; découvrons-les une journée à la fois!

L’AMOUR

Le livre Lettres de Pier Giorgio révèle les premiers mots qu’il a écrits vers l’âge de 5 ans: Cher et gentil papa, je t’aime beaucoup! (1) L’amour qu’il vouait aux siens, Pier Giorgio l’a exprimé, sans retenu, durant toute sa vie. Au fil de la lecture de ses nombreuses lettres, les mots affectueux se multiplient et ses expressions sont remplies de tendresse à l’égard de ses parents, de sa sœur et de ses amis.

Pier Giorgio avec ses parents et sa sœur Luciana

Au delà des mots, ses gestes manifestent l’amour que l’Esprit-Saint lui inspire. Nous reconnaissons cet amour dans son attention aux autres et ce, dès l’enfance alors qu’il se fait proche des démunis et des personnes en marge de la société. L’amour se voit à de multiples reprises dans ses élans de charité alors qu’il rend de nombreux services sans rien attendre en retour.

Parfois, c’est son silence qui est rempli d’amour lorsqu’il évite de se plaindre alors qu’à d’autres moments, l’amour est à l’oeuvre lorsqu’il prend la défense de ceux qui vivent des injustices.

Sa source d’amour était manifestement sa foi chrétienne nourrie à même l’évangile, les sacrements, particulièrement l’eucharistie, et aussi à travers les lettres de saint Paul. (2)

À la suite du Christ, inspiré par la vie de Pier Giorgio, dans mes paroles, dans mes gestes, comment puis-je manifester aujourd’hui ce fruit de l’Esprit-Saint qui habite en moi?

  1. FRASSATI, Pier Giorgio, Lettres, Apostolat de la prière, 1951, p.17
  2. Ibid, p.198